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Les Laurentides
berceau du ski au Canada

par Stéphane Desjardins,
www.skipresse.com

Quelques archives du Mont Saint-Sauveur
                      (Photos gracieuseté de Mont-Saint-Sauveur)

Les Laurentides, c'est le territoire de Jack Rabbit Johansen, celui qui introduisit le ski en Amérique du Nord. Il est mort à 111 ans à Shawbridge (aujourd'hui Prévost). C'est aussi à Shawbridge qu'on a installé le premier remonte-pente en Amérique, un câble mû par un taxi monté sur des blocs de béton (quoique cette première soit contestée par Vale, au Colorado).

Le Curé Labelle a voulu développer l'économie laurentienne grâce à son P'tit train du Nord, mais ses clients hivernaux étaient avant tout des hordes de skieurs. Ces derniers venaient de Montréal, mais aussi de New York et de Boston. Parmi eux, quelques millionnaires venus assouvir leur passion au Chantecler, au mont Up-Hill, à la Marquise de Saint-Sauveur, au Chalet Cauchand (Lac Lucerne) de Sainte-Marguerite et aux Côtes 40-80. Jackie Kennedy a skié à Sainte-Agathe (qui a déjà compté deux stations) et Rockfeller a fait de même au Chantecler. Tout comme Bob Hope, Gregory Peck, Jean-Pierre Ferland, Céline Dion et René Simard. La princesse Juliana, qui a fui à Ottawa l'armée hitlérienne, était une habituée de la région de Saint-Sauveur et Sainte-Adèle. Plus près de nous, l'ancien premier ministre Pierre Trudeau avait adopté quelques pentes laurentiennes.

Évidemment, de nombreuses stars de la glisse mondiale viennent du Nord. Jean-Luc Brassard a fait ses premières descentes et gagné ses premières médailles à Olympia. Le Panthéon du ski canadien regorge de célèbres Laurentiens qui ont marqué eux aussi le ski de compétition à l'échelle internationale.

Le ski laurentien a connu un autre boom dans les années 60, lorsque l'on a construit l'autoroute jusqu'au pied des pentes (paradoxalement, en détruisant le mont Sainte-Anne, dont on voit encore les pointes du chalet, situé au sommet, vis-à-vis la Porte du Nord). Le ski est alors devenu un pilier du tourisme local. Et les Laurentides se sont dotées du plus important domaine skiable éclairé au monde. Quiconque se promène sur l'autoroute 15 en direction sud, dans la grande côte adéloise qui se termine à la montée à Séraphin, ainsi qu'à la hauteur du mont Gabriel, puis dans la courbe de Saint-Sauveur, est estomaqué par la féerie de ces pistes blanches, dont la luminosité est perçue à des dizaines de kilomètres à la ronde.

Puisque le berceau du ski se situe dans le fief de Séraphin Poudrier, soit les collines juste au nord de Saint-Jérôme, on vous parlera de Tremblant et de ses environs dans une autre édition.

La plus vieille piste du pays

Le plus vieux centre de ski en opération au pays (et peut-être sur le continent) est situé à Sainte-Adèle. Ce sont les Côtes 40-80, aujourd'hui gérées par le service des Loisirs de cette ville.

Date d'ouverture : 1938. L'année suivante, on a installé un câble (rope-tow) sur la côte 80. Théodule Huot s'en souvient : il était là ! Après plus de 82 ans de ski (il a commencé à 4 ans), M. Huot n'a jamais raté une saison. Ses deux plus illustres compagnons de glisse furent deux Louis pas piqués des vers : Cauchand, 86 ans, comme lui, et Dufour, le président actuel de Mont Saint-Sauveur.

Huot fut un fameux champion dans son temps. On lui attribue le premier saut de 360 degrés en compétition au monde ! C'était quelque part dans les années 40.

Le centre de 3 pistes, au dénivelé de 200 mètres (le sommet, à 350 mètres d'altitude, offre une vue spectaculaire de la région), était situé en plein bois, à l'origine. Les Côtes 40-80 sont maintenant urbaines.

Louis Dufour évoque des souvenirs de glisse impérissables, avec des skis de bois pourvus de carres faites à partir de scies. « Théo avait un ski-shop dans la rue Morin et nous arrangeait nos skis cassés, rappelle-t-il avec émotion. Le gars avait toujours des histoires incroyables à raconter. »

Aujourd'hui, les 40-80, toutes enneigées naturellement (Sainte-Adèle caresse, depuis des années, le projet d'y installer des canons) sont pourvue de trois rutilants T-bars (le premier date des années 50). Les locaux traversent la rue pour y connaître un bonheur familial renouvelé.

Pour tous les goûts

Louis Dufour a toujours gagné sa vie avec le ski. Aujourd'hui président d'un véritable empire québécois de la glisse, il est pourtant issu d'une famille nombreuse et… modeste. « J'ai commencé à skier à 2 ans, dit-il. Je n'ai jamais cessé depuis. » Le gars ne rate jamais une occasion -- et elles sont nombreuses -- de se promener dans ses cinq centres de ski laurentiens, auxquels s'ajoutent Edelweiss, dans la banlieue de Gatineau, et Jay Peak, au Vermont.

L'histoire de Mont Saint-Sauveur (MSS) pourrait faire l'objet d'une télésérie. Ses fondateurs, Jacques Hébert (un comptable sans fortune), Louis Dufour (l'ex-entraîneur de l'équipe de compétition locale) et Serge Couture (qui a quitté l'entreprise pour faire de Ski Mont Saint-Bruno le succès qu'on connaît), ont convaincu quelques investisseurs de la région de leur prêter les sous pour acheter Up Hill, en 1972. On doit Up Hill à la famille Nymark, dont le membre le plus illustre fut l'ingénieur qui a piloté les travaux du pont-tunnel Hippolyte-Lafontaine. C'est alors un centre modeste : deux côtes, dont la mythique 69. « On appelait ça Downhill à l'époque », blague Hébert.

Hébert et ses acolytes achèteront tour à tour les terres voisines, dont le domaine La Québécoise, les côtes 68 et 70, ainsi que Avila, à la fin des années 70, de propriétaires basés en Italie, dont ils ne connaîtront jamais les noms ! Deux anecdotes au sujet du mont Avila : le nom vient de celui de l'homme à tout faire de la station, un Italo-québécois qui rafistolait équipements et bâtisses, dont le chalet original en bois fut rasé par les flammes il y a plus de 35 ans. Traumatisés, les propriétaires ont érigé le bunker de béton actuel, que seul un tremblement de terre pourrait jeter à terre.

Dans les années 80, MSS fera son entrée en bourse à la faveur du régime québécois d'épargne-actions (REA). La station financera ainsi la construction de son parc aquatique et de son chalet emblématique, qui a gagné un prix d'architecture. C'est l'âge d'or pour Saint-Sauveur : l'endroit a remplacé Sainte-Adèle comme lieu branché des élites montréalaises. On y skie pour être vu, la mode y est affichée fièrement et les bagnoles de luxe s'entassent dans son parking. Pectoraux et bikinis se font remarquer dans un parc aquatique couru. Serge Couture et Louis Dufour plantent alors leurs poteaux et éclairent les montagnes : c'est la naissance du ski de soirée. Dans les années 90, MSS consolide son emprise sur les Laurentides et assoit la relève de sa clientèle en achetant tour à tour des stations familiales en difficulté : Olympia, Mont Gabriel, Morin-Heights. Aujourd'hui, l'entreprise a un chiffre d'affaires annuel de plus de 35 M$.


Dans la dernière édition, nous vous présentions le premier volet de cette série de trois portant sur les Laurentides. Nous vous avons fait découvrir les circonstances de l'apparition du ski dans les Basses Laurentides. Nous poursuivons ici avec les Hautes Laurentides.

2e partie par Stéphane Desjardins

Les Laurentides,

berceau du ski au Canada

Moins célèbre mais plus couru des vrais skieurs qui fréquentent la région de Val-David, le Mont Alta est un véritable musée du ski. Fondé en 1951, cette station de 13 pistes au dénivelé de 183 m n'a pratiquement pas changé depuis 50 ans.

« Ce sont les mêmes pistes, la même chaise double, le même chalet et le même style de ski qu'à cette époque-là, » explique Oswald Lingat, fils de John Lingat, le fondateur de Vallée Bleue. « Ici, à Alta, on fait du ski intime. On connaît pratiquement tous les clients par leur prénom. Il n'y a pas de vols. »

Le centre de ski ne compte qu'une seule chaise double (l'autre a été enlevée il y a quelques années) et M. Lingat ne fabrique plus de neige depuis 1986. « Trop cher », dit-il. Un peu essoufflé, le proprio affirme qu'il continue parce qu'il adore faire du ski et, surtout, pour faire plaisir à sa blonde, Lise Bonenfant, gérant général de la station.

Outre le sympathique chalet, fruit de nombreux raboudinages, Alta est reconnu pour ses pitches presque meurtriers, son équipe de ski acrobatique (dont l'entraîneur, José Charbonneau, est un ex de l'Équipe olympique canadienne) et sa vue magnifique sur Val-David, Sainte-Agathe, Tremblant, le mont Legault à Saint-Donat et même Montréal, « si ce n'est pas trop pollué », précise M. Lingat.

Chez les bout'choux

On doit aussi à la famille Lingat le centre Vallée Bleue. Situé à l'entrée du village de Val-David, il est reconnu comme étant LE terrain de jeux et d'apprentissage de la glisse familiale dans le Nord. Vallée Bleue fête ses 40 ans cette année. En 1949, Georges Yarushevsky, aidé de son frère Alexis, ouvre un centre de ski à Val-David. On le nomme Windy Top. En 1957, John Lingat s'associe à Frank Juodkojis, et rachète le centre; en 1958, ils font creuser un lac qu'ils nomment Lac Bleu et y érigent un barrage. En 1963, ils renomment le centre de ski «Vallée Bleue».

La station offre 17 pistes et un dénivelé de 115 mètres. Elle propose du ski pour tous les calibres, dont une piste classée extrême… que skieurs et planchistes aguerris dévaleront les yeux fermés. Car ici, vous êtes dans le ski hyper relax. Il n'y a qu'un boulevard, mais les pistes sont souvent assez larges pour doubler les hordes d'enfants qui en sont à leurs premières glisses. Et le degré de pente permettrait sûrement la culture de la pomme de terre.

Qu'à cela ne tienne ; skier ici est un bonheur. Le chalet, en bois, n'a connu qu'un seul agrandissement, en 1993, de type moderne mais à échelle humaine. Les jeunes se tiraillent dans les bancs de neige du stationnement. Les remontées sont poussives, mais souvent sous les arbres, ce qui ne gâche absolument rien. Et le centre n'a pas beaucoup changé depuis 1963, hormis un tapis magique installé il y a trois ans.

À l'origine, la famille Lingat avait acheté une ferme abandonnée pour y bâtir des maisons. Dans les années 50, il y avait un rope-tow sur place et les Lingat se sont dit qu'il y aurait peut-être du plaisir à planter un Poma sur la montagne.

Avec les années, ils ont ajouté T-bars et autres chaises doubles puis quadruples. Les générations de skieurs se sont succédées, les parents se ramenant sur la neige avec leur progéniture comme l'avaient fait leurs propres parents. « On vend des souvenirs aux familles », se plaît à affirmer Manfred Lingat, l'actuel patron.

Vallée Bleue est aussi reconnue pour son école de ski, l'école Jacque Champoux. Jacque s'écrit sans s car le peintre qui a fait la devanture du magasin du même nom à Sainte-Agathe était analphabète. M. Champoux n'a jamais changé l'enseigne et le nom de l'école, gage de célébrité. Autre spécialité de : les moniteurs sont habillés en lapin.

De gros changements (Belle Neige)

Toujours sur la route 117, véritable boulevard du ski québécois, on trouve Belle-Neige, à Val-Morin. Belle-Neige fut aménagé en 1961 par les frères Henry et Saul Fenster, avec quelques associés. Les Fenster sont toujours proprios, mais ils ont, depuis trois ans, un partenaire majoritaire, Luc Ménard, ex-propriétaire de l'Auberge du Lac des Sables, à Sainte-Agathe. M. Ménard, qui s'est entouré de cinq autres actionnaires, a de grandes ambitions pour Belle-Neige. Sans pour autant changer le caractère champêtre du ski qu'on pratique dans cette station éminemment familiale, il a tout de même investi 2 millions dans la réfection du chalet, de la boutique et dans l'enneigement, dont la capacité a doublé. L'ex-directeur a rédigé un ambitieux plan de développement. « Contrairement à plusieurs centres de ski, nous sommes profitables, dit-il. J'ai 60 000 visites-ski par an et mon école est très forte. Notre motel (15 chambres) est loué tout l'hiver ».

Grâce à Pierre Vérot et son école de ski, Belle-Neige est la station pionnière dans l'enseignement aux personnes handicapées, dans la discipline du ski acrobatique et la planche à neige. Au début des années 90, le centre comptait la plus grande demi-lune (half pipe) au Canada. Belle-Neige est également à l'origine du concept et de l'organisation du regroupement « 10 stations pour le prix d'une » et des fameux Mercredis des dames. En 2004, Jacque Champoux devient partenaire de la station. L'année suivante,  Belle Neige remporte les grands Prix du Tourisme Laurentides dans la catégorie Plein air et aventure, le bronze au gala national et le Prix d'Excellence dans la catégorie Exercice de relations publiques et/ou  relation de presse de l'Association des stations de ski du Québec.

Plus au nord

La 117 longe également le centre de ski Mont Blanc, situé à Saint-Faustin. Nous sommes ici aussi en terrain de ski familial. Et la station comporte un véritable monument historique : sa fameuse soucoupe volante blanche, une ancienne boutique Munari déposée devant le chalet principal en 1976 et qui déplaît souverainement à la directrice générale, Joanne Alford. « J'ai souvent pensé la démolir, mais les gens ont protesté. Ils disent que ça fait maintenant partie du patrimoine local… »

La première remontée fut plantée ici en 1957. En 1976, Phillip Robinson achète la station convoitée alors par l'Association canadienne des instructeurs de ski, qui désirait en faire un centre d'entraînement. Il construit immédiatement un inn de 12 chambres. En 1981, il achète le Mont Faustin voisin, doublant d'un coup le terrain skiable. Six ans plus tard, il investit dans le système d'enneigement et remplace les deux vieux Poma par deux chaises triples. À la fin des années 80, il ajoute un spa et une piscine intérieure, un nouveau bar avec toit cathédrale et des suites décorées à l'ancienne : il peint lui-même les décorations sur les meubles et les toiles sur les murs. Le domaine skiable compte désormais 36 pistes.

En 1993, M. Robinson achète la station Gray Rocks et instaure une passe de saison commune. Aujourd'hui, Mont Blanc offre un parc de jeux intérieur, la Jungle Magique, le plus grand des Laurentides. La station s'est aussi lancée dans un développement immobilier, le Village Mont Blanc, une soixantaine d'unités réparties en six immeubles, dont deux seront déjà en chantier l'été prochain.

Chez la famille Wheeler

La plus vieille station des Hautes Laurentides, Gray Rocks, fut fondée en 1906 sur les rives du lac Ouimet, dans l'ex-Saint-Jovite, devenu aujourd'hui Mont-Tremblant. Mais l'histoire de Gray Rocks remonte à plus loin dans le temps, alors que Lucille Aldridge et George Wheeler, deux New-yorkais, s'installent en 1890 dans les environs pour fonder une scierie.

Le P'tit train du Nord s'arrête dans le coin et permet à la région de connaître une expansion sans précédent. Le fils des Wheeler, Tom, naît en 1894. Les conditions de vie sont alors très rudes dans les camps de bûcheron et le petit Wheeler est d'abord nourri avec de la fécule d'avoine et de l'eau, car le lait frais est ici une vue de l'esprit.

Papa Wheeler fonde alors le Séraphin Lodge, en 1895, sur les rives du lac du même nom. La même année naît Frances Ellen Wheeler. Le médecin accoucheur fait alors le voyage en train, qui dure 14 heures depuis Montréal, et facture 3 $ pour l'événement. En 1896, le lodge brûle et les Wheeler retournent aux États-Unis, tous atteints de typhoïde. Comme on les tient pour morts, leur domaine est vendu, mais la famille revient en 1900 avec un nouveau fils, Ernest. Ils se bâtissent un chalet directement sur le roc du Bouclier canadien, sur les rives du lac Ouimet ; Gray Rocks est né. En 1906, les Wheeler érigent un Inn très rustique, à quelques pas des Huguenots locaux ( !).

Ces débuts héroïques seront suivis de plusieurs phases d'expansion. Au fil des ans, Gray Rocks deviendra une célèbre station de villégiature quatre saisons. En 1910, les premiers courts de tennis sont aménagés. Dix ans plus tard, le premier golf fait son apparition : les locaux n'avaient alors jamais entendu parler de ce sport ! En 1926, Lucille Wheeler prend les commandes. À l'époque, l'hôtel dispose de sa propre ferme et d'un… saut à ski dont un des premiers utilisateurs fut Réal Charrette. En 1935, les pistes de ski de fond du domaine sont conçues par Jack Rabbit Johannsen lui-même, un habitué de l'endroit. Suivent rapidement les pistes de descente, pour accueillir les premières courses Taschereau et Kandahar. En 1934, on installe un rope tow.

En 1939, arrive l'Allemand Hermann Gadner, fondateur de l'école de ski. En 1944, Gray Rocks se dote du premier T-bar au Canada, ce qui permet l'expansion du centre de ski presque jusqu'à ses limites actuelles. Nous sommes encore à l'époque du damage par l'utilisation de raquettes.

En 1958, Lucille Wheeler gagnera la médaille de bronze aux Olympiques, à Cortina, en Italie, brisant l'hégémonie des Européens. Dans les années 60 et 70, on installe plusieurs remontées mécaniques ainsi que le système d'enneigement.

Dans les années 80 et 90, Gray Rocks ajoute deux nouveaux parcours de golf et agrandit son hôtel, le dotant même d'un centre d'exercice et d'un spa avec piscine intérieure. En 1993, le proprio de Mont Blanc, Phillip Robinson, prend le flambeau et poursuit le développement de la vénérable station, notamment grâce à un partenariat avec le Fonds de Solidarité FTQ, en 1997. Le Fonds n'est plus partenaire depuis l'an dernier.


Dans cette série de quatre articles, Ski Presse dresse le portrait des stations de ski des Laurentides, la région qui fut le berceau du ski au Canada. Dans ce troisième volet, nous vous présentons deux stations : Mont Gabriel et Mont-Tremblant, deux fleurons du ski québécois.

3e partie par Stéphane Desjardins

Le Mont Gabriel

un éclair de glamour dans les Laurentides

Chaque station de ski a eu son heure de gloire, mais certaines ont vu leur célébrité dépasser nos frontières. Ce fut le cas de Mont Gabriel, comme le rappelle Marie Laframboise, présidente du club de compétition de la station depuis 42 ans. « Gabriel fut l'hôte des premiers championnats de ski acrobatique au pays dans le circuit de la Coupe du monde, il y a une quinzaine d'années. Jean-Luc Brassard y a remporté sa première médaille d'or en compétition officielle. »

Des skieurs renommés ont glissé au Mont Gabriel, comme Janick Pharand, Alain Trudeau, Louis Dufour, Susanne Bergeron ou la championne olympique Deborah Campagnone. « La liste de ces skieurs et surfeurs est tellement longue qu'on va certainement oublier des noms », craint Madame Laframboise. Rappelons également que Peter Duncan fut directeur de l'école de ski et que la station fut visitée par des gens comme Henri du Villard, Jean-Claude Killy et Spider Sabitch… de quoi faire saliver les spécialistes des potins de la glisse pendant des jours !

Parlant de potins, Gabriel, avec son hôtel en bois rond à son sommet, a déjà trôné dans le palmarès des destinations branchées du jet set international. Caroline et Jackie Kennedy y ont skié avec leurs gardes du corps. Un autre Kennedy, Ted, y a amené sa famille. Même John F. Kennedy, alors président des États-Unis, y a séjourné incognito. Pierre Elliott Trudeau y était abonné, tout comme Lester B. Pearson, Pierre Lalonde et Roy Disney (fils de Walt).

Mais son citoyen le plus réputé est certes Charlie Latulippe. Véritable légende vivante du ski, M. Latulippe fut, à une certaine époque, le patron de la seule escouade policière à skis au pays : celle de Montréal, il y a une bonne poignée de décennies.

M. Latulippe a écrit un livre captivant sur Gabriel et ses artisans. On y apprend que la terre où est situé le Mont Gabriel a déjà appartenu à un marquis italien champion de bobsleigh émigré à Saint-Sauveur, Nicolas Degli d'Albizzi, qui l'a achetée d'une veuve, Mme Constantineau. Le marquis, qui a nommé la montagne à cause du rang Gabriel, en août 1934, revend ensuite cette terre à son amie, Marie-Joséphine Hartford, riche héritière de la famille new-yorkaise fondatrice des supermarchés A&P. Par la suite, le marquis persuade Mme Hartford de construire une piste de bobsleigh à l'endroit où se trouve le chemin actuel du Mont Gabriel. En 1940, cette piste dis- paraît au profit du ski alpin.

En 1950, René Constantineau achète une terre voisine, y installe un remonte-pente à câble (rope-tow) et déboise deux pistes qui finissent à la route 11 (l'actuelle 117). Le tarif quotidien : 1,50 $. Le mont Constant est né.

En 1940, Thomas E. Sinclair achète une terre sur le versant sud du Mont Gabriel et y aménage une petite pente de ski qui donne sur la rivière à Cimon pour la famille et les amis. Il y installe un traîneau motorisé emmenant neuf skieurs à la fois au sommet de la Tamarack.

En 1941, le Mont Gabriel devient un club privé ultra-sélect. En 1944, quatre riches Américaines achètent le centre de ski et y installent un rope-tow. Le célèbre skieur autrichien Hans Falkner sert d'intermédiaire pour la transaction. En 1952, l'entrepreneur Herbertt J. O'Connell, ami intime de Maurice Duplessis, achète la montagne, défriche une quinzaine de pistes et installe huit remontées mécaniques, dont un télésiège. Il ajoute aussi une auberge avec piscine chauffée et un chalet de ski au toit tourbé, où… broutent quatre chèvres en permanence ! O'Connell parvient même à faire modifier le tracé de l'autoroute 15 pour ne pas couper son domaine en deux et convainc Duplessis d'ajouter la sortie 64 pour accommoder sa clientèle.

En janvier 1955, Charles Latulippe suggère à O'Connell, à la blague, d'utiliser des génératrices pour éclairer la piste de ski O'Berger (maintenant Laframboise). O'Connell s'exécute et c'est ainsi que le ski de soirée est né au pays. Cinq ans plus tard, les premiers canons à neige sont installés au Mont Gabriel. En 1988, un nouveau propriétaire, Laurent Dupras (qui possède aussi Mont Olympia), ajoute un golf réputé. En 1995, il vend le centre de ski à Mont Saint-Sauveur International.

Les tremblements de Tremblant

Pendant des siècles, les Algonquins sillonnent le territoire où domine le Manitonga Soutana, la montagne des Esprits. Ils prennent grand soin d'obéir aux lois de la nature et de ne pas troubler la tranquillité des lieux. Sinon, le Grand Manitou fait trembler la montagne.

Des années plus tard, en 1869, le Curé Labelle part en expédition avec l'abbé Jodoin dans la mystérieuse et inexplorée vallée de la Diable. Il meurt en 1891, un an avant que le P'tit train du Nord, son grand cheval de bataille, arrive à Saint-Jovite. »

Mais dès l'inauguration, les villégiateurs arrivent en masse, dont George Ernest Wheeler, qui lancera une scierie près du lac Ouimet. Il créera Gray Rock après avoir perdu sa maison, puis son commerce, dans deux incendies successifs.

En 1930, Hermann Smith Johannsen, dit Jack Rabbit, atteint le sommet du mont Tremblant une première fois. Deux ans plus tard, il organise la première course Kandahar, en l'honneur d'un militaire anglais, Lord Roberts, qui avait gagné une bataille dans la vallée du même nom, en Afghanistan.

Le destin de Tremblant, alors patrie d'une prospère industrie de coupe de bois, est radicalement transformé lorsque qu'un millionnaire de Philadelphie, Joe Ryan, s'aventure dans la région. Ryan est alors un véritable noceur : à 22 ans, il hérite d'une fortune de son grand-père, un magnat des tramways de Manhattan, et fait la fête sans interruption. Persuadé de sa bonne étoile, il s'inscrit en bourse mais s'écrase lors du crash de 1929. À la suite d'un pari fou -- qu'il a perdu -- il fait le tour du monde. À son retour, l'exécuteur testamentaire de la famille l'attend de pied ferme : il doit mettre du sérieux dans sa vie ou il est lavé ! En 1938, Ryan part skier en Nouvelle-Angleterre, mais il manque de neige. Il bifurque jusqu'au Gray Rocks Inn, où il découvre la montagne tremblante depuis la fenêtre de la salle à manger. Le 12 février, il décide de gravir le sommet, à ski, accompagné de Lowell Thomas, un célèbre journaliste américain, et de Harry Wheeler, fils du proprio de Gray Rocks. La vue le jette par terre.

À 34 ans, après avoir visité toutes les grandes stations de ski des Alpes, il décide de fonder un centre de ski d'envergure internationale dans ce petit village de bûcherons, à la limite du Grand Nord québécois. Un an plus tard, Mont-Tremblant était né. Ryan y aura dépensé 750 000 $, non sans mal. En 1938, le curé Charles-Hector Deslauriers, convainc le premier ministre Duplessis de vendre à Ryan des terrains dans le parc du Mont-Tremblant, pour développer la station de ski. L'histoire se répétera plus tard…

Ryan n'y va pas de main morte : il bâtit un lodge et dote la montagne de la première remontée mécanique assise de l'Est du continent, la Aerial Ski Chair Ropeway. Il confie l'aménagement des pistes au norvégien Kare Nansen, fils de l'explorateur polaire Fridjof Nansen, récipiendaire du prix Nobel de la paix de 1922. Le magazine Time de l'automne 1939 décrétant que la station est un endroit merveilleux, les foules s'y précipitent. Tremblant devient alors un pipeline de dollars américains.

En 1946, Joe Ryan entreprend l'aménagement du versant Nord. En 1948, il est proprio, avec sa femme Mary, d'un des plus grands domaines skiables au monde. En 1950, Ryan est un homme d'affaires prospère, mais aussi criblé de dettes. On le retrouvera mort, sur le trottoir, devant son hôtel de Manhattan. S'est-il jeté par la fenêtre ? On ne le saura jamais.

Sa femme poursuit le développement de Tremblant mais, en 1965, épuisée, elle vend la station à André Charron, qui s'est associé à Louis Lévesque, co-fondateur de Lévesque Beaubien, et Roger Beauchemin. Malgré des investissements importants et un succès évident, les associés ne peuvent soutenir le rythme et vendent la station à la Fédération des Caisses d'entraide, en 1979.

Il faut implanter davantage de canons à neige et améliorer les infrastructures, mais la Fédération s'enlise dans un scandale financier et politique. Le 23 mars 1991, Intrawest achète une station en faillite, dont les installations sont dans un état lamentable et ne sont même plus branchées au réseau électrique.

Les concepteurs d'Intrawest sont ambitieux : ils s'inspirent du Vieux Québec pour mettre au point un plan de développement, avec la collaboration des gouvernements. Intrawest annonce un investissement de 500M $ et bâtit, en 1992, la place Saint-Bernard. On assiste aussi au déménagement du Chalet des Voyageurs et à l'aménagement du Vieux Village, à partir des chalets construits par Joe Ryan 50 ans plus tôt. Le Manitou est érigé au sommet de la montagne. Suit la télécabine, en 1993. Intrawest, qui achète des centaines de canons à neige, pompe chaque mois des dizaines de millions dans ce qui est devenu le plus important chantier privé au Québec.

Une deuxième phase de 500M $ est annoncée : les immeubles poussent comme des champignons. Sont ajoutés les golfs le Géant et le Diable, et les hôtels sont érigés un après l'autre. Puis on aménage les pistes du versant Soleil. Tremblant est devenue une destination quatre saisons qui collectionne les prix et les hommages.

Le développement effréné de la station entraîne une série de projets privés dans la région et les écologistes sonnent l'alarme. Intrawest doit se justifier : le parc provincial est un joyau ; pas question d'y toucher ! Malgré ces inquiétudes, les touristes affluent par centaines de milliers. Il y a deux ans, on a annoncé le développement des phases 3 et 4 pour le nouveau siècle, au coût d'un milliard.

Intrawest a réalisé le rêve de Joe Ryan : Tremblant est devenue une station touristique de classe mondiale.


les stations oubliées

par Stéphane Desjardins

Les Laurentides,
berceau du ski au Canada

Dans ce dernier volet de notre série sur les Laurentides, nous dressons une liste des stations de ski qui ont disparu. Un témoignage de la transformation d'un sport qui, pour bien des gens des Pays-d'en-Haut, a toujours été synonyme d'un véritable style de vie. Stéphane Desjardins raconte.

Oubliées? Pas dans la tête et, surtout, pas dans le cœur de ceux et celles qui y ont accumulé des souvenirs de glisse impérissables. Mais un fait demeure : en moyenne, deux stations ont fermé chaque année au Québec depuis vingt ans. Et un gros contingent était situé dans les Laurentides. Ces stations de ski ont disparu pour nombre de raisons mais, en règle générale, la plupart n'ont pas survécu à la transformation radicale de l'industrie, dans les années 70 et 80.

Alors qu'un peu partout dans le monde les gouvernements subventionnaient massivement la modernisation et l'ajout d'infrastructures dans certains centres de ski majeurs pour créer de l'emploi dans des régions souvent maltraitées de l'économie, le ski s'est transformé en une véritable industrie. Certaines méthodes, jugées artisanales, avaient fait leur temps.

Une foule de raisons expliquent la fermeture d'un centre de ski : les petits dénivelés qui font peu rêver, l'absence de canons à neige, le manque d'appui de la population locale, les factures qui s'accumulent, l'entretien qui coûte de plus en plus cher, les liquidités qui viennent à faire défaut, les propriétaires à bout de souffle, une école de ski qui a perdu son tonus ou des parents qui ont remplacé le ski par le Nintendo, un calendrier d'activités peu reluisant, les modes qui font ou défont les réputations, mais surtout une famille qui a lancé une entreprise artisanale et qui ne trouve pas de relève ou d'acheteur disposé à s'endetter pour prendre la relève, et qui préférera tout simplement vendre des terrains avec une belle vue à un promoteur immobilier.

Car, qui est disposé à faire l'acquisition d'une petite station mal équipée, qu'il faut rénover à grands frais, alors que la moitié des centres de ski du Québec ne dégagent pas assez de liquidités pour réaliser un profit d'exploitation… À une certaine époque, pratiquement chaque village dans les Laurentides avait sa pente de ski, son "rope tow" ou son "t-bar". Cette époque est révolue, car même le berceau du ski alpin au Canada, Big Hill, à Shawbridge, a disparu pour faire place à des chalets et des maisons. C'est à Big Hill qu'on a installé la première remontée mécanique au pays, la deuxième en Amérique. C'était un câble actionné par un taxi, monté sur des blocs. Mais qui s'en souvient?

Voici une liste incomplète de ces stations mortes au champ d'honneur de la glisse.

Mont Pleasant Mont-Tremblant Disparue
Mont Pinoteau
Mont-Tremblant
Disparue
Mont Tremblant Ski Resort
Mont-Tremblant

Mont Bellevue Saint-Jovite (Mont-Tremblant) Disparue
Mont Saint-Jovite Saint-Jovite (Mont-Tremblant) Disparue
Gray Rocks
Saint-Jovite (Mont-Tremblant)
1905-2009
Mont Faustin Saint-Faustin-Lac Carré Achetée par Mont Blanc
Mont Blanc
Saint-Faustin-Lac Carré 60e anniversaire en 2017
Mont Jasper Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Mont Castor Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Mont Fugère Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Mont Sainte-Agathe Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Centre de ski Rabiner's Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Petites Alpes Sainte-Agathe-des-Monts Disparue
Centre La Calèche
Sainte-Agathe-des-Monts
Disparue
Mont Chalet suisse
Sainte-Agathe-des-Monts
Disparue
Mont Kingston
Sainte-Agathe-des-Monts
Devenue Mont Ste-Agathe
Mont Catherine Sainte-Agathe-des-Monts Jamais ouverte
Mont Chevreuil Val-David Devenue Mont Alta
Mont Saint-Aubin Val-David Disparue
Mont Césaire
Val-David
Disparue
Mont Guindon
Val-David Disparue
Mont La Sapinière
Val-David Disparue
Mont Plante
Val-David Disparue
Vallée bleue
Val-David
Far Hills Inn
Val-Morin

Mont Bélair
Val-Morin Disparue
Domaine Val-Morin
Val-Morin Disparue
Mont Rue principale
Val-Morin Disparue
Mont Sauvage
Val-Morin Disparue
Mont Belle-Neige
Val-Morin

Mont Constant Sainte-Adèle Devenue le Mont Gabriel
Côte Scott Slip Sainte-Adèle Devenue le Mont Gabriel
Sun Valley Sainte-Adèle Disparue
Mont-Sauvage Sainte-Adèle Disparue
Mont Alouette Sainte-Adèle Disparue 1982
Le Grand Élan Sainte-Adèle (Mont-Rolland)
Disparue
Maison Blanche skitow Sainte-Adèle (Village) Devenue Côtes 40-80
Skitow à Rochon Sainte-Adèle (Village) Disparue
Côtes 40-80
Sainte-Adèle (Village)
2008. Devenue pistes de vélos 2015
Côte 60
Sainte-Adèle (Alpine Inn)
Disparue
Mont Baldy
Sainte-Adèle (Alpine Inn) Devenue pistes de ski de fond
Chantecler
Sainte-Adèle

Chalet Cochand Sainte-Marguerite-du-lac-Masson Devenue Centre Yvan-Coutu,
puis le Ski Club
Ste-Marguerite Ski Club Sainte-Marguerite-du-lac-Masson Disparue
Centre de ski l'Estérel L'Estérel Disparue
Mont Christie Morin-Heights Disparue
Centre Alpino
Morin Heights
Disparue
Mont Bellevue Morin-Heights Disparue
Mont Tyrol
Saint-Hippolyte Disparue
Mont Sapin
St-Adolphe d'Howard
Devenue Mont Avalanche
Mont Avila
Piedmont

Mont Olympia
Piedmont
Mont Puffin Saint-Sauveur-des-Monts Disparue
Up Hill Saint-Sauveur-des-Monts Devenue Mont Saint-Sauveur
Mont Saint-Sauveur
Saint-Sauveur-des-Monts 1972 devenue Les Sommets 2016
La Marquise Saint-Sauveur-des-Monts Disparue
Practice Hill Saint-Sauveur-des-Monts Disparue
Mont Christie
Saint-Sauveur-des-Monts
Disparue
Côtes 68, 69, 70-71-72
Saint-Sauveur-des-Monts
Devenues Mont Saint-Sauveur
Mont Sainte-Anne Sainte-Anne-des-Lacs Expropriée pour l'autoroute 15
Lac Carling Pine Hill Disparue
Big Hill Shawbridge (Prévost) Disparue
Mont Boisclair
St-Jérôme
L'Escalade en 1970-72
Ayers Ski Centre
Lachute
Disparue*

-- Source: Sources diverses, Guy Thibodeau Prévost (Shawbridge)

* Cette liste ne prétend à aucune exhaustivité.


La "Hill 70"... une pente de ski célèbre

Elle aurait été découverte, cette fameuse pente de ski, quelque temps après 1910 par trois membres de la famille de H. Percy Douglas.

L'hiver, cette famille de Westmount consacrait ses moments libres à faire du ski à Shawbridge et dans les environs. Un dimanche de fin de saison, tôt le matin, Doublas et ses deux jeunes fils, Percy et Chrystie, quittent la pension pour explorer. L'aîné des garçons, qui avait pris de l'avance, revient en vitesse vers son père en cirant : Papa vite ! Viens voir la plus haute pente du monde "the biggest hill in the world" ! Viens vite !. Le plus rapidement possible, le trio s'approche... à ses pieds, là-bas, il aperçoit un petit village et sa grosse église qui leur paraissent un village d'enfant. Enfin, les trois skieurs se risquent à descendre la colline, tant bien que mal, et ils atteignent  l'hôtel Centrale de Saint-Sauveur-des-Monts.

Pour la famille Douglas, la destination favorite du dimanche sera à l'avenir la "big Hill" de Saint-Sauveur qui se nomme aujourd'hui la "Hill 70" ou "Côte 70 " !

par Jacques Beauchamp-Forget
Société d'histoire des Pays-d'en-Haut
en collaboration avec le journal La Vallée du 3 mars 2005


Mont Alta

(a porté également le nom de mont du Chevreuil)


Sur le Mont du Chevreuil, en 1952, Paul Lehoux installe, un remonte-pente à chaise simple, pour ainsi ouvrir une station de ski alpin, qu’il nomme Le Mont-Chevreuil. Son domaine d’exploitation d’une superficie de soixante-cinq acres, fait partie des lots trente-sept, trente-huit et trente-neuf, du dixième rang dans le canton Morin, en bordure de la route onze, aujourd’hui la 117. Cette belle montagne a l’avantage d’être un des plus hauts sommets de ski de notre région Laurentienne, après le Mont-Tremblant et le Mont-Blanc. Vers 1972, Leroux ajoute un remonte-pente à chaises doubles, juste à côté du premier et en 1976 on en installe un autre, celui-ci, un Poma-lift, aussi appellé un tire-cul. Il renomme son centre sous l’appellation de Mont-Alta. Vers 1979, un restaurant pour skieurs, « Le Frankie’s » est construit en bas de la pente, lequel sera détruit par le feu quelques années plus tard. À partir de 1980, et durant trois saisons, Bertrand Lefebvre, exploite le centre en location.

En 1983, Kurt Zurbuchen, un skieur autrichien de réputation internationale, se porte acquéreur de la station.Mont-Alta.

Au printemps de 1986, Oswald Lingat, fils du fondateur du centre Vallée Bleue, achète la station Mont-Alta. De multiples améliorations y sont faites. Aujourd’hui, le centre est géré par Lise Bonenfant, une habile administratrice, qui depuis 1990 a donné naissance à trois belles filles avec Oswald; Cinthia, Lawrence et Frédérique. Cette dernière s’avère être une future championne du ski acrobatique, sous l’habile direction de Josée Charbonneau, championne olympique, qui dirige le Club de Ski acrobatique de Mont-Alta. Cette station dont la fréquentation est à caractère familial, gère aussi une École de ski. Le Centre est surtout ouvert les fins de semaine, durant les périodes des fêtes et congés scolaires. Les adeptes du Télémark et du Surf sur neige, ont choisi le Mont-Alta pour la qualité et la dénivellation configurative de ses pentes.

Mont-Alta: une nouvelle vocation réussie ! Première saison sans remontée mécanique.
Le président directeur général du Centre de ski, Jason Hodkin dresse un bilan fort positif de cette première saison sans remontée mécanique à Mont Alta, à Val-David. Le Centre Mont Alta a clôturé sa saison de ski 2016 dans une ambiance de fête, le samedi 2 avril dernier. De nombreux adeptes de poudreuse ont assisté à l'événement "Roc & Slide – La fièvre du printemps" avec ses démos de ski, courses déguisées, son service de micro-brasserie et sa musique de band en direct! La fête de clôture a pu être réalisée grâce au partenariat de la boutique Roc & Ride, de Val-David, et de commerçants locaux comme "Le Mouton Noir" et "Le Baril Roulant" qui ont pris part à la fête. « Le bilan de cette saison de ski qui prend fin est très positif », nous a  confié Jason Hodkin, président directeur général du Centre Mont Alta. « Il s'est vendu 191 passes de saison (à 32$ pièce), un total qui dépasse nos attentes, sans compter la popularité qu'ont connue les billets d'une journée à 10$. Les gens ont l'air heureux et ils ont très bien réagi face à la nouvelle vocation de Mont Alta où on fait dorénavant du ski hors-piste sans remontée mécanique. ». Il semble qu'on va conserver cette vocation de centre de ski sans remontée mécanique pour encore un bon bout de temps. « Avec les coûts que cela implique, je ne crois pas qu'on va pouvoir en installer une (nouvelle remontée mécanique) dans un avenir rapproché. Que ce soit à court ou à moyen terme, je ne crois pas que cela soit une option envisageable », a terminé M. Hodkin.

Ullr : le dieu du ski... ou de la randonnée alpine ?

Selon la légende, et bien qu’aucune preuve scientifique ne le confirme, Ullr incarnait le dieu du ski à l’époque des Vikings. Au sein des communautés de ski européennes et nord-américaines, on considère la divinité comme le saint patron protecteur des skieurs. Un médaillon à son effigie l’illustrant, skis aux pieds et flanqué de son arc et d’une flèche, est d’ailleurs fièrement porté en guise de porte-bonheur par skieurs amateurs et professionnels, et patrouilleurs de ski, en Europe et ailleurs dans le monde.

De nombreuses villes de ski – Breckenridge, au Colorado, notamment – tiennent un festival célébrant Ullr. L’objectif des célébrations : implorer une bordée de neige ou remercier Ullr pour l’abondance de neige reçue. Mais si la légende l’entourant demeure énigmatique et que peu de données confirment son existence, les sources s’entendent pour dire qu’il joua le rôle de guerrier mythique au sein des légendes historiques, et que son nom signifie « gloire » ou « glorieux. »

Les skieurs peuvent néanmoins continuer à chérir le légendaire guerrier : si aucune évidence historique ne soutienne le fait qu’il soit le dieu de la neige, bon nombre d’indicateurs le présentent comme étant le dieu du ski.

Peut-être aurait-il même été le premier à pratiquer la randonnée alpine comme un moyen futé d’apprécier les montagnes de l’Islande, de neutraliser ses ennemis, et de chasser son repas quotidien, chaussant ses skis et armé de son arc ?
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Tremblant Express, janvier 2017




Retranscription par Paul Meilleur, de Ste-Adèle

Mise à jour le 2 février 2017 par Paul Meilleur, de Ste-Adèle

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