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Paris, dimanche,  2001-10-07


Très chers Marguerite, Jean-Jacques, Françoise, Lucille, Suzanne, Marie, Marcel, Yolande et Gérard.

Lorsque j'ai appris mercredi dernier que la santé de Françoise s'était détériorée - plus fort que ma peine - j'ai souhaité de tout mon cour que Marcel et Marie aient le temps de revenir, persuadée qu'elle reprendrait ses sens le temps d'un dernier adieu !

Vendredi matin Rémi me parlait de résurrection et me confirmait que vous étiez là pour l'assister et lui manifester votre affection. Je suis restée sous l'impression que ma grande sour pouvait maintenant partir .

Mais l'annonce,  tout- à - l'heure,  par Louise de son décès me fait   mal.  Je pense très fort à vous tous. Elle n'a vécu que pour vous ; vous étiez sa vie, sa raison d'être.  Tout au long de nos longues conversations téléphoniques - du Canada ou de la  Floride -  elle me parlait de chacun d'entre-vous, de vos enfants, de vos activités, de vos joies,  de vos ennuis parfois.  Elle vivait chacune de vos vies, partageant, la plupart du temps à votre insu, toutes vos peines, vos inquiétudes.  Durant toutes ces années, où une profonde amitié nous unissait,  jamais,  je l'atteste,  je ne l'ai entendue formuler une plainte.  Elle trouvait toujours une raison positive pour excuser un retard, un oubli, un silence, une absence.

A part vous,  le seul plaisir qu'elle se soit  accordé fut celui de la lecture qui lui permettait de s'évader du quotidien, de maintenir un lien avec le reste du monde.   Versée dans  la politique, passionnée d'histoire universelle, elle aimait répéter lorsque l'on pensait lui apprendre quelque chose : « Oui, je sais » et elle savait.

Elle s'en est allée, j'en suis sûre, dans la paix qui était sienne depuis le début de sa longue maladie. Nous avons souvent parlé de la mort  qu'elle voyait venir sereinement. «C'est la dernière étape, tu sais » me disait-elle au lendemain de son transfert au Foyer.

Françoise, ma grande sour aimée, tu vas nous manquer à nous aussi, tes onze frères et sours, que tu laisses dans le deuil.  Louise, en particulier, qui  avait reporté sur toi l'affection,  la tendresse, les soins qu'elle a prodigués à notre mère jusqu'en 1997,  au point de dire, sans s'en rendre compte : « maman » lorsqu'elle parlait de toi.

Tant de souvenirs remontent à la surface !  Dans l'impossibilité d'être présente pour partager, avec vous tous, la douleur que cause son départ, je vous redis tout simplement que je vous suis près, près.

René et nos amis se joignent à moi dans l'expression de leurs sympathies.

Margo