Version textuelle française
English Translation
Si la vie entière porte l'empreinte des premières
années,
il est aisé de se représenter le milieu où se forma Mère Cullinen. Elle parlait
volontiers de l'atmosphère chaude et rayonnante qui enveloppa son enfance et de la foi
vive de ses parents. Quand les ombres du soir obscurcirent les facultés de notre chère
Mère, elles laissèrent intact le souvenir de ces jours lointains et elle nous livra, à
son insu, les traits gravés en son esprit et en son coeur par un père profondément
chrétien et une mère aussi tendre que ferme. Celle-ci (née McTavish) était une
ancienne élève de Manhattanville.
Emma Claire CULLINEN vit le jour à St. Stephen,
Nouveau-Brunswick, Canada, le 10 ao–t 1874 et fut baptisée le lendemain, en l'église
paroissiale de Milltown, non loin de St. Stephen. à mesure que la petite Emma grandissait
et se développait, ses dons naturels et surnaturels gagnaient tous les coeurs. Elle avait
atteint sa dixième année quand le père eut le courage de s'en séparer. Il la
plaça au
Sacré Coeur de St. Jean, Nouveau-Brunswick, pour y commencer son éducation; trois soeurs
l'y avaient précédée. Une des élèves de ce temps, nous la dépeint ainsi:
Emma se
mêlait de tout son coeur aux jeux de ses compagnes, mais elle n'était jamais bruyante,
ni surexcitée. Une certaine grâce, des manières raffinées caractérisaient tous
ses
mouvements. Elle jouait de la guitare avec goût, aussi était-elle souvent invitée à
prêter son concours aux petites fêtes du pensionnat. Elle fit sa première communion le
21 mai 1887 et, deux ans plus tard, fut confirmée à la cathédrale St. Jean.
Ellen se montra toujours une élève modèle;
devenue ruban
bleu, elle s'efforça, par l'exemple et la parole, parfois même par de petites
remontrances, de soutenir l'autorité des maîtresses. Un grand esprit de famille régnait
alors au pensionnat, aussi la joie fut-elle grande quand à la fin de son éducation, Emma
obtint le prix d'Excellence. Déjà, au pensionnat, nous écrit une ancienne de ce temps,
Emma Cullinen s'exer&ccidilla;ait aux pratiques d'humilité. Elle nous rappelle comment, à cette
époque, une éducation était considérée incomplète, si l'on n'avait
développé une
certaine habileté dans les travaux à l'aiguille, tous les jours on y consacrait une
heure entière. Une élève était nommée pour faire la lecture, une autre pour
corriger
ses fautes de prononciation. Vint le tour d'Emma de faire la lecture et le mien de la
corriger. à un moment donné je le lui avais indiqué l'interrompis et lui dis :
"Vous avez mal prononcé 'équipage' (en anglais), l'accent aurait dû être sur la
2e syllabe, non sur la 3e." Emma se reprit et prononça comme je lui demandai si elle
n'était pas certaine d'avoir bien prononcé dans cette occasion. Elle admit, comme à
regret, qu'elle en était sûre, mais que la chose étant de peu d'importance, elle
n'avait pas cru devoir me contredire. Une telle douceur chez une élève plus avancée que
moi me fit une impression durable et j'ai toujours pensé que les âmes qui vivaient sous
le rayonnement de Mère Cullinen apprendraient quelque chose de l'humilité et de la
charité du Coeur de Jésus. On se rappelle encore l'influence d'Emma sur tout le
pensionnat de St. Jean. Elle était jolie autant qu'aimable, ferme autant que douce, et
nulle d'entre nous n'aurait osé résister aux désirs de notre premier ruban. Tous les
quinze jours, quand nous entendions une certaine cloche, nous voyions nos maîtresses
aller promptement vers la salle de communauté (nous applions cela "party
night")... Emma était chargé du pensionnat. Elle y maintenait une discipline
parfaite. Nous savons maintenant que c'était pendant les conférences de la Superieure.
Chaque dimanche nous chantions les psaumes des vêpres. Emma indiquait à chaque son tour;
malgré la faiblesse de sa voix, elle s'exécutait simplement et nous prêchait
d'exemple.
Ses études terminées, Emma resta très
attachée au Sacré
Coeur de St. Jean. Elle prit part à la joie de ses compagnes quand cette maison fut
transférée de la rue Waterloo à Mount Pleasant, propriété beaucoup belle et plus
attrayante. Nous ne soup&ccidilla;onnions par les angoisses des Mères qui voyaient le pensionnat
diminuer à cause de la difficulté d'accès et pour d'autres raisons plus graves. En 1897
on dut fermer la maison. C'était le premier vendredi du moi: après la dernière
Bénédiction le tabernacle fut fermé et les élèves dispersées, mais alors
Emma
Cullinen avait déjà fait ses premiers voeurx, le 8 décembre 1896. C'est au Sault et à
Montréal que s'écoula son aspirat. En 1902 elle fut appelée à Paris pour sa probation
et eut le bonheur de prononcer ses derniers voeux le 4 août de cette même année. De
retour au Sault elle s'y dévoua de nouveau auprès des petites. Ce qu'elle avait été
dès son noviciat, les témoignages abondent pour prouver qu'elle le fut avec plus de
perfection encore après sa profession. Désormais c'est à Montréal, au Sault et à
Vancouver, que s'écoulera sa vie. C'est dans cette dernière maison qu'elle eut une grave
maladie qui nécissita une longue convalescence. Monsigneur Casey, alors Archevêque de
Vancouver, ayant appris qu'elle ne pourrait assister à la Messe le jour de Noël, vint au
Sacré Coeur célèbrer une de ses trois messes dans le corridor vis-à-vis de la cellule
de la malade. Il voulait, disait-il, acquitter ainsi une dette de reconnaissance envers
Mr. Cullinen qui l'avait jadis comblé de bienfaits. Dès qu'elle eut repris ses forces,
notre chère Mère se remis au travail, particulièrement auprès des 1ères
communiantes.
Combien n'en a-t-elle pas préparées à ce grand jour! Les anciennes se rappellent ses
instructions, les prières qu'elle leur enseignait, la dévotion qu'elle leur inculquait
pour le chemin parties, les mouvements du prêtre, les cérémonies. Tout était moyen
pour faire comprendre et aimer l'auguste Sacrifice de nos autels.
Sans entrer dans les détails de cette longue vie toute
consacrée à l'éducation de ces petites, si particulièrement chères au Coeur de
Notre-Seigneur, qu'on nous permette de terminer cette notice par les lignes suivantes
tracées par une plubme autorisée: "J'ai d'abord fait la connaissance de Mère
Cullinen lorsqu'elle était encore toute jeune professe à Montréal. Elle y faisait la
classe parmi les petites qui fus'y d'pensa toujours avec un grand amour et un succès
réel. Ses années à Vancouver furent également consacrées au petit pensionnat et
il en
fut de même à Montréal. Elle forma et éleva un nombreux troisième cours. Sa
manière
calme, sereine et religieuse opérait des merveilles auprès des petites qu'elle rendait
très heureuses. Elle prévoyait avec une sollicitude charmante tous les détails de leur
travail, peut-être quelquefois avec exagération, mais toujours avec le désir de
prévoir les difficultés et d'aider ses petites élèves.
Sa conduite avec ses Mères et Soeurs et son influence en
communauté étaient toujours marquées au cachet du surnaturel et de l'esprit religieux.
Sa douceur, sa courtoisie, son empressement à rendre service, à aider la pression du
travail ou à la fatigue physique. Des chagrins de famille très douloureux la firent
beaucoup souffrir au déclin de sa vie, mais elle accepta toujours surnaturellement toutes
choses venant directement de la main de Dieu.
Dans sa dernière maladie, l'expression constante de sa
reconnaissance, son appréciation des moindres services, son exclamation si souvent
répétée: "Tout le monde est si bon pour moi!" étaient l'écho d'une longue vie de
service désintéressé, de gratitude et d'oubli de soi. Le 6 mars 1956 le Seigneur
rappelait à Lui sa fidèle épouse. Dès ce même jour des Messes étaient
offertes pour
le repos de son âme et deux jours plus tard sa dépouille mortelle reposait dans le
cimetière de notre maison du Sault au Récollet.